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1944 De la vallée de la Seine au Vexin

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Une poche de résistance Allemande à CONDECOURT, SAGY et LONGUESSE
Alors que la 3ème Armée Américaine conduite par le Général Patton a établi une tête de pont et vient de franchir la Seine à Guernes/Méricourt, l'armée allemande prépare une contre-offensive pour empêcher les Alliés d'aller plus loin. Les 17ème et 18ème Divisions d'Infanterie de la Luftwaffe sont réunies.
Après deux ou trois jours de combats dans la région de Gargenville, Drocourt et Fontenay-Saint-Père, les Alliés progressent vers le Nord mais ils rencontrent les forces allemandes qui se sont établies dans la Vallée de l'Aubette.

Dans le courant de la matinée du 21 Août, cinq chars allemands traversent Ableiges et se dirigent vers Sagy. De nombreux soldats allemands à vélo entourent les blindés.

Le 25 Août, trois chevaux et leurs tombereaux sont réquisitionnés sous la menace des mitraillettes chez Henri Darras, René Gâteau et Julien Léchaudé à Cergy pour conduire du matériel allemand à Condécourt.

Dimanche 27 Août, le château de Villette, occupé par la Division Das Reich, est bombardé par Spitfire anglais vers 16 h. Une des huit bombes tombe en plein sur la chapelle, la détruisant complètement ainsi que l'orangerie.

Cette action aura pourtant été inutile puisque les Allemands avaient abandonné les lieux peu de temps auparavant à bord de Tractions Citroën dépourvues de portières pour quitter plus vite les voitures en cas de mitraillage.

Un peu plus lard, des Allemands sont regroupés dans une ruelle à Chardronville lorsqu'un motard les rejoint. Alors que les soldats examinent une carte de la région. Georges Rayer s'approche et comprend tout de suite que la présence des Américains est signalée à Longuesse.
Le même jour, deux jeunes civils sont tués par les Allemands à Vigny, puis brûlés dans une meule de paille. Il s'agit d'André Chaube et de Lucien Bongard, tous deux âgés de 17 ans.

A Guiry-en-Vexin, le lendemain dans la soirée, les habitants qui avaient réintégré leurs maisons reprennent le chemin des carrières pour s'y réfugier au cours de la nuit. André Huppe, son frère Pierre et son copain Pierre Rousselin précédent quelques dizaines de mètres Marie Dauge, 24 ans, une camarade d'école, gui est accompagnée de sa grand-mère et de sa fille Marie-Madeleine, 5 ans, que son père, prisonnier de guerre, n'avait encore vue.

Subitement, un chasseur bombardier Spitfire survole à basse altitude le petit groupe, mitraille et lance une bombe de faible puissance sans raison apparente. Instinctivement, tout le monde se couche sur le sol. Des balles de mitrailleuses sectionnent des branches au-dessus de leurs têtes, un éclatement se fait entendre et une fumée monte. La voiture d'enfant est renversée, la petite fille est éjectée, inanimée, la grand-mère est à terre, la mère hurle. D'autres personnes accourent et la malheureuse famille est emmenée au château qui est devenu depuis une quinzaine de jours un poste de secours d'infirmerie militaire allemand. La petite Marie-Madeleine est déjà morte, les poumons éclatés par le souffle de la bombe. Le soir, André Huppe, à travers champs pour éviter d'éventuels mitraillages, transporte en voiture à cheval la pauvre grand-mère à l'hôpital de Magny-en-Vexin.

Lundi 28 Août, c'est la débandade. Au petit matin, trois officiers allemands entrent sans frapper chez Louise et Louis Berlant au haras d'Ableiges. Ils déploient sur une table plusieurs plans de la région et, après avoir étudié la situation, repartent quelques minutes plus tard en laissant sur place trois plans. Le même jour, des soldats SS s'emparent de la voiture d'Adrien Guy. La Kommandantur quitte Ableiges.

Mardi 29 Août, bien décidés à ne pas quitter Condécourt, les Allemands s'installent dans le clocher de l'église avec un fusil mitrailleur ainsi qu'au 1er étage de la mairie. S'attendant à l'arrivée des Alliés au Sud vers Gaillon, tout le secteur est miné. Un dispositif de défense est immédiatement mis en place : une batterie allemande de 88 et une série de roquettes sont positionnées près de la Croix Noël sur les hauteurs du Grand-Mesnil, une autre batterie de 88 est placée près du bois de la Boulée au-dessus des carrières de Saillancourt, un canon est installé sur la place de Chardronville, un autre à l'entrée de Condécourt devant la propriété Dudemaine et un troisième à l'angle de la vieille route de Meulan près du Manoir des Maroches. Un canon lourd de 145 est enfin positionné sur la route de Longuesse à Sagy. Découvrant les mines à Condécourt, les premiers chars américains ont demi-tour et reviennent plus tard en contournant le village par l'ouest. Les premiers soldats américains à pied qui arrivent à Condécourt passent quant à eux par la ferme d'Etienne Fougue et tombent nez à nez avec les Allemands qui les feront aussitôt prisonniers. D'autres soldats américains arrivent par Villette. A peine se dirigent-ils vers Condécourt qu'ils sont aussitôt pris pour cible et font demi-tour. Les blessés sont soignés sur la place de Villette. Pressentant le danger, les Américains font évacuer le hameau. Un autre groupe tente de pénétrer dans Condécourt par la rue de l'Aubette mais au niveau du Manoir des Maroches, des tirs les empêchent d'aller plus avant. Les forces en présence sont à 200 mètres l'une de l'autre et donneront lieu à un échange de feux durant plusieurs heures. Comme les batteries allemandes installées au Grand-Mesnil et sur les hauteurs de Saillancourt manquent de munitions, les Allemands chargent des obus sur un chariot porte-herses qu'ils attellent à des boeufs, et c'est ainsi qu'ils quittent Condécourt pour Sagy mais, arrivés à Chardronville, les soldats renoncent à aller plus loin car l'expédition s’avère trop périlleuse.

Bientôt, à Condécourt, la ferme d'André Bénard et le hangar de Pierre Delahaye sont la proie des flammes. Vers 19h plusieurs obus sont tirés par les Américains. Ils atteignent la propriété Testard, la ferme Hyest, la maison de Monsieur Loubet, l'église et l'école ainsi que la ferme Dauvergne, blessant mortellement Geneviève. La gare de Condécourt, elle aussi, est endommagée à la suite de l'explosion d'un véhicule à proximité. On assiste alors à un échange de tirs d'obus entre Sagy, où sont postés les Allemands, et le plateau de Gaillon où sont établies les pièces d'artillerie et les tanks américains. Les obus des Alliés atteignent inévitablement quelques habitations de Sagy : la ferme de Georges Lainé, la maison de Charles Queudot et celle de Gabrielle Soret mais, dans cette dernière, seules sont détruites les niches à lapin.

Un autre obus explose dans un pré au lieu-dit "Le Vaux Persan", tuant deux vaches du troupeau d'Emile Delprat. A Saillancourt un obus percute le mur de la propriété d'Henri Imbert et une autre explose dans le jardin de Pierre Bondon.

A Chardronville, trois obus causent des dégâts chez Joseph Jacouton, Auguste Rayer et René Fouque. Au Grand-Mesnil, plusieurs obus atteignent la ferme Deplaigne sans rien détruire. A La Villeneuve Saint-Martin, deux soldats allemands sont tués par un obus dans la rue Jules Verne alors qu'ils venaient de réquisitionner un cochon. Des obus tombent également sur Ableiges sans faire trop de dégâts.
Dans l'autre sens, la riposte des Allemands est sévère. Deux obus touchent la propriété de Maurice Codhant à Villette sans faire de victime mais Madame Duval, tenancière du café, est blessée à la cuisse par un éclat.

Toute la population du village et des alentours s'est réfugiée dans les caves. A Sagy, Lucie et Poulette Durdan se protègent dans celle de Louis Guédon, le curé Stroobants, Lucette Meersschaert et Marie Fourrier dans celle du presbytère, Madeleine et René Fouque et leurs enfants dans celle des Rayer à Chardronville, etc..., tandis que la famille Vauvillier ainsi que Raymonde Petit et Jean Parisot se réfugient dans une tranchée creusée sous le préau de l'école quelques jours plus tôt par Maurice Vauvillier.

Les combats font inévitablement des blessés qui sont soignés dans des infirmeries de fortune. Dans la cave de Maxime Waringuez à Chardronville, un soldat allemand succombe à ses blessures et est enterré dans le jardin d'Emile Delprat aux côtés du pilote d'avion tué quelques jours auparavant. Une autre infirmerie est installée dans le pavillon d'été de Roger Meytraud au Petit-Mesnil.

Toujours le 29 Août, un groupe d'Allemands se réfugie dans la distillerie de Frémainville. Les soldats américains cernent la bâtisse en attendant l'arrivée des blindés. Lorsque le premier char est aperçu, un soldat allemand, dissimulé dans un trou d'obus à proximité de la distillerie, tire sur le blindé avec un bazooka, tuant le pilote. La riposte est immédiate et le tireur est aussitôt abattu.

A Gadancourt, les Américains qui arrivent de Lainville et d'Enfer se heurtent à des Allemands qui, cachés dans un hangar, tiennent l'entrée du village. L'assaut est donné peu après par les Alliés dont les chars prennent pour cible le hangar. L'église du XIIème siècle subit d'importants dommages : le clocher et la toiture sont en partie détruit. Le château et une dizaine de maisons sont également endommagés.

A Théméricourt, le château est occupé par les Allemands depuis le bombardement de Nucourt. Le bâtiment est devenu une infirmerie et le parc est utilisé pour le cantonnement de l'infanterie et le stationnement des véhicules servant à transporter les V1. Découvrant des clous éparpillés sur les routes, un officier exige du maire que la chaussée en soit débarrassé au plus vite.

Vingt personnes, choisies par les Allemands sur la liste électorale, sont chargées de cette besogne puis emmenées au château dans la matinée avant d'être transférées dans la salle de classe. Au cours de la nuit suivante, les Allemands quittent Théméricourt et les otages sont libérés.

A Condécourt, dans le courant de la nuit, les Allemands ont contre-attaqué et au petit matin du 30 Août tout est terminé. Depuis deux jours, le temps est très orageux, rendant la visibilité très réduite et empêchant toute intervention de l'aviation. C'est la raison pour laquelle les combats se sont déroulés exclusivement à terre. Cette situation météorologique a permis d'éviter un largage de bombes sur les villages qui aurait fait immanquablement de nombreuses victimes parmi les populations.

Sur le champ de bataille, on relève les corps de dix-huit Allemands et onze Américains. Seize vaches sont retrouvées mortes dans les prairies à Condécourt, victimes des éclats d'obus.

Le 30 Août, c'est la débâcle. Vers 6h, les Américains faits prisonniers à Condécourt passent dans Ableiges encadrés par des Allemands. Les soldats SS réquisitionnent le dernier cheval et le tombereau d'Adrien Guy puis, vers 9h, font sauter le petit pont sur la Viosne à Ableiges. Une demi-heure plus tard, les premières Jeep américaines pénètrent dans Ableiges.
A Sagy, une cinquantaine de prisonniers allemands en provenance de toute la région sont regroupés dans la salle du café-restaurant Jacouton à Chardronville pour être interrogés par les Américains.

A Condécourt, le groupe des F.F.I. de Tessancourt sur Aubette décide que les onze soldats américains seront inhumés avec les honneurs qui leur sont dus. Onze cercueils sont commandés à André Testard, le menuisier du village, et, le 1er Septembre 1944, une cérémonie a lieu au cimetière de Condécourt en présence des enfants des écoles de Condécourt et de Sagy.

Quant aux dix-huit soldats allemands, l'un sera enterré dans une carrière et les autres dans une fosse commune hors du cimetière de Condécourt.

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