Mangeoires : la date d’arrêt compte autant que la graine

Avatar de Faustine Leroy-Delarue

·

4 min de lecture

Choisir la bonne graine ne suffit pas à bien nourrir les oiseaux d’un jardin en hiver. Le moment où l’on commence, et surtout celui où l’on arrête, compte tout autant que le contenu précis de la mangeoire elle-même.

Une période de nourrissage, pas une habitude permanente

Le nourrissage hivernal a du sens lorsque les ressources naturelles se raréfient, typiquement des premières gelées marquées jusqu’au retour de températures plus douces au printemps suivant. Nourrir en continu toute l’année, y compris en période d’abondance naturelle, peut au contraire perturber le comportement alimentaire spontané des oiseaux concernés.

Arrêter progressivement plutôt que brutalement, en réduisant les quantités sur une à deux semaines à l’arrivée du printemps, laisse le temps aux oiseaux de retrouver naturellement des ressources alternatives, insectes en reprise d’activité, bourgeons, sans rupture trop soudaine dans leur alimentation quotidienne.

Des aliments adaptés, d’autres à proscrire

Les graines de tournesol non salées, le mélange de graines pour oiseaux sauvages et les boules de graisse constituent une base sûre et énergétique, particulièrement utile lors des périodes de grand froid prolongé. Certains fruits secs non traités complètent utilement l’offre proposée pour les espèces les plus généralistes du jardin.

Le pain, souvent proposé par réflexe, apporte peu de valeur nutritive et peut fermenter dans le système digestif de certaines espèces sensibles. Les aliments salés ou les restes de repas assaisonnés sont à proscrire totalement, tout comme le lait, mal toléré par la quasi-totalité des oiseaux sauvages de nos jardins.

Une hygiène de mangeoire trop souvent négligée

Une mangeoire jamais nettoyée devient un foyer de transmission de maladies, notamment lorsque plusieurs espèces se regroupent au même point de nourrissage quotidien. Un nettoyage régulier, à l’eau chaude sans produit agressif, associé à un déplacement occasionnel de la mangeoire, limite l’accumulation de fientes et de graines moisies au même endroit précis.

L’eau, souvent oubliée, reste pourtant essentielle en période de gel : une coupelle renouvelée régulièrement, ou débarrassée de sa fine couche de glace le matin, rend parfois plus service qu’un supplément de graines lorsque les points d’eau naturels du jardin sont durablement gelés.

Participer à un suivi plus large

Observer les oiseaux qui fréquentent une mangeoire peut aussi nourrir des programmes de suivi participatif, comme ceux coordonnés par la Ligue pour la protection des oiseaux, qui s’appuient sur des relevés transmis par des particuliers pour suivre l’évolution des populations d’une année sur l’autre à l’échelle nationale.

Cette attention portée aux oiseaux de jardin complète bien celle accordée à la petite faune terrestre, hérisson en tête, détaillée dans un autre article de notre rubrique consacrée à la Nature & Écologie et à la sobriété des gestes de jardinage au fil des saisons.

Positionner la mangeoire pour limiter les risques

L’emplacement d’une mangeoire influence directement la sécurité des oiseaux qui la fréquentent. Une position dégagée mais proche d’un arbuste ou d’une haie, à quelques mètres de distance, offre un refuge immédiat en cas d’approche d’un prédateur, sans pour autant permettre à ce dernier de bondir directement depuis un couvert trop proche du point de nourrissage.

Éviter de placer la mangeoire trop près d’une grande baie vitrée limite aussi les collisions, fréquentes lorsque les oiseaux prennent leur envol dans la précipitation en cas d’alerte. Une distance d’au moins deux mètres, ou l’apposition d’autocollants rendant la vitre visible, réduit sensiblement ce risque souvent sous-estimé par les jardiniers qui installent leur mangeoire au plus près de la maison.

Diversifier les points de nourrissage plutôt qu’un seul poste

Multiplier deux ou trois petits postes de nourrissage plutôt qu’un unique dispositif imposant limite la concentration d’oiseaux à un seul endroit, ce qui réduit d’autant les risques de transmission de maladies évoquées plus haut. Cette dispersion profite aussi aux espèces plus discrètes, souvent évincées par les oiseaux dominants sur un poste unique très fréquenté.

Adapter la hauteur et le type de mangeoire selon les espèces observées, plateau au sol pour les merles, mangeoire suspendue pour les mésanges, silo à graines pour les chardonnerets, encourage une fréquentation plus variée du jardin tout au long de la période de nourrissage hivernal.


Avatar de Faustine Leroy-Delarue

À lire aussi